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Joren O'Donnell
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Posté le Sam 30 Déc - 19:17.
10 Décembre

La nuit était tombée sur Bristol. Encore un jour auquel Joren avait survécu. Depuis le jour de l'annonce qui avait fait trembler la terre de toutes parts, le jeune barman comptait chaque jour, tel un survivant. Il avait comme une vague impression d'être en pleine guerre, même s'il se trouvait dans un réel confort, non négligeable. Il ne cessait de penser à Aidan. Comment arrivait-il à gérer toute cette histoire ? Plutôt mal ... vu ce qu'il avait fait quelques semaines plus tôt, il doutait que son ami puisse affronter les évènements à venir tout seul. Alors Joren prenait son courage à deux mains, un peu plus chaque jour. Il essayait de s'investir d'avantage dans sa nouvelle vie. Celle d'un résistant. D'un non conformiste. Le genre d'homme qui vient en aide aux plus démuni.

Il ne s'était jamais senti l'âme d'un héro. Encore moins aujourd'hui. Mais héberger Aidan lui permettait de se sentir mieux. Il avait cessé les jeux vidéos, pour enfin rentrer dans la vraie vie. En fait, c'était bien mieux. Non pas qu'il appréciait l'idée de se faire trancher la gorge dans un coin de rue ... loin de là même ... mais cette adrénaline qu'il avait chaque matin de voir qu'il pouvait se faire prendre la main dans le sac, pour avoir aidé un Nocturne, le stimulait bien plus qu'une partie de jeu virtuel.

Joren essuyait les quelques verres restant, le regard dans le vide. Au travers de la grande bée vitrée, quelques flocons de neige tombaient dans un ciel injecté d'encre noire. Ils paraissaient ralenti par le temps. Il songeait à sa famille, ses amis, Ivy ... toutes ces choses sans grande importance. Quand soudain, un homme entra dans le bar. Joren fronça légèrement les sourcils. Il aurait voulu lui dire qu'il allait fermer dans 10 minutes au vue de la fréquentation de ce soir. Pour ne pas dire qu'il n'y avait personne ... La nuit était bien trop froide pour les touristes et il était bien trop tard pour les locaux.

Il laissa l'homme s'installer. Il le connaissait de vue, mais n'avait jamais su son prénom. Il venait régulièrement commander un sandwich, toujours le même. Mais jamais il n'avait prononcé un seul mot. Il payait et repartait aussi sec. Joren était content de voir qu'au final, il pouvait faire plaisir à quelqu'un rien que par la confection de ses sandwichs. Cet homme ne lui disait rien ... enfin, il tergiversait entre le clodo et le Nocturne. Après tout, il commençait un peu à s'y faire. Les Nocturnes avaient tendance à se comporter bizarrement, par rapport aux humains. Comme si on pouvait lire dans leur yeux "je suis une victime incomprise, sauvez moi".

Joren posa son dernier verre d'un geste ferme sur le zinc. Il se rapproche doucement de l'homme.

- Qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? On ne fait plus de sandwichs à cette heure-ci par contre. Mais je peux vous servir quelque chose à boire ?


Il passa son torchon par dessus son épaule et considéra le client avec toute la sympathie dont il savait faire preuve. Allez, au moins ça c'était une chose qu'on ne pouvait pas lui reprocher. D'être sympa avec ses clients.
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Blerim D. Troshani
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Posté le Sam 6 Jan - 18:45.
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Joren & Blerim



Il marche. Il marche dans les rues de Bristol, sans trop savoir où aller. Comme une feuille qui se laisse emporter par le vent. Perdu dans ses pensées, l'Albanais repense à ces dernières semaines. Et, inévitablement, à ces derniers mois. Ces dernières années même. Cela fait si longtemps que sa vie est devenue du grand n'importe quoi. Qui est-il désormais ? Il ne saurait même plus le dire. Il n'est plus le gamin innocent et bienveillant qu'il a jadis été. Mais, d'un autre, il n'est pas son oncle. Il n'est pas comme lui. Il refuse. Et pourtant... Les faits parlent pour eux. Il a tué tellement de gens. Il a brisé des vies, que ce soit directement ou indirectement. Et ça, ça pèse sur ses épaules. Sa conscience est toujours là, quoi qu'on puisse en penser.

Mais ce qui pèse le plus sur cette dernière, c'est la mort de Drita. Sa petite sœur, qu'il aurait dû protéger. Arbën étant parti, c'était plus que jamais à lui de veiller sur elle, de faire en sorte qu'elle puisse terminer ses études et devenir quelqu'un. S'éloigner de l'emprise néfaste de Dardan. Sauf que non... Il a échoué dans sa mission. Il a laissé son égoïsme prendre le dessus et a décidé de contrarier les plans de son oncle. De faire capoter ce transfert de femmes, parce que soudainement il n'en pouvait plus. Eh bien, il en a payé le prix, il l'a payé cher. Il a perdu sa sœur. Drita. Je suis tellement désolé. Son cœur se serre à chaque fois qu'il pense à la jeune femme. Elle était innocente, elle était la seule à ne pas avoir les mains teintées de sang. Elle n'était pas comme lui, elle était meilleure. Et pourtant, c'est elle qui est morte, et pas lui.

Lorsque les hommes du CAA lui ont dit que sa sœur était morte, le monde de Blerim s'est effondré. S'il était en Angleterre, c'était parce qu'il voulait la trouver. La sauver des griffes immondes des hommes de son oncle, ces fichus trafiquants. Désormais, il n'a plus de but. Il ne vit plus, il se contente d'exister. Après, ce semblant de liberté qu'il a depuis que le Ribcage a brûlé lui a quand même fait du bien, il ne pourrait le nier. Il n'a plus à se soumettre aux expériences des scientifiques, il n'a plus à vivre dans la peur, même si cette dernière n'est jamais bien loin depuis des mois. C'est tout ce que le Balkanique a désormais. La peur. La peur, et la culpabilité qui le brûle de l'intérieur. Impossible de l'effacer, impossible de soulager la douleur. Il ne se pardonnera jamais pour ce qu'il a fait, pas la peine de se mentir. Sa vie ne rime plus à rien, et au final, c'est tout ce qu'il mérite. Souffrir. Autant ne pas se battre, autant subir. Mais la peur, qu'il ne montre jamais mais qui est toujours là au fond de lui, le torture encore et encore. Lui rappelant que si son cœur bat encore malgré tout son chagrin, lui aussi doit se battre.

La neige tombe sur la ville anglaise. Blerim enfonce les mains dans les poches de son manteau, qu'il vient de refermer. Il a froid. Il sait qu'il devrait rentrer chez Cassandra et son père, qu'il y a des règles qu'il doit respecter. Mais il n'en a pas envie. Il est fatigué, fatigué qu'on surveille ses moindres faits et gestes. Et il a juste envie d'être seul avec sa tristesse et ses regrets. Il en a besoin. Relevant ses prunelles cristallines, le lycan aperçoit ce bar où il est déjà venu plusieurs fois. Un verre, il en a bien besoin aussi. Pour se réchauffer et pour noyer son chagrin. Ainsi, le jeune homme se faufile dans le bar vide, allant s'installer à une table. Il tremble de froid, bon sang, il a tellement besoin d'un verre, tout de suite. Se faisant violence pour arrêter de trembler, Blerim attend que le barman se rapproche pour prendre sa commande.

« Vodka. »

Il n'est pas venu pour les sandwichs cette fois-ci - même s'ils sont bons, il faut l'avouer. Et il n'est pas non plus venu pour bavarder. Sans un sourire, Blerim regarde une dernière fois le barman, en espérant qu'il se dépêchera. Même si ses mains sont toujours dans ses poches, il a de plus en plus froid. Ou chaud, il ne sait plus, il a l'impression de brûle. La créature tremble, de plus en plus fort, tandis qu'une panique incontrôlable le saisit et le secoue de toutes ses forces. Il a l'impression qu'il va mourir. Son cœur s'accélère, plus que jamais, il est sûr d'avoir vu sur la baie vitrée du bar le reflet de ces scientifiques qui le malmenaient au Ribcage.

« Je ne veux pas. Non. Je... J'n'veux pas. V... veux pas.  J'veux pas. J'veux pas ! Bordel, j'veux pas ! »

Sa voix, d'abord basse, se fait de plus en plus forte, montant dans les aigus, tandis qu'il tremble comme si un violent séisme le faisait vibrer. Il a peur, les larmes lui montent aux yeux. L'Albanais prend la tête entre ses mains tremblantes, la bouche ouverte, sans qu'aucun son ne sorte cette fois. Il revit ce cauchemar. La réalité semble avoir disparu, le passé récent le rattrape. Et il se rend soudainement compte qu'il ne veut pas souffrir. Et qu'il ne veut pas mourir. Il ne sait juste plus comment vivre.  

« S'il vous plaît... J'veux pas mourir. »


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Joren O'Donnell
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Posté le Sam 6 Jan - 23:05.
Vodka … mais genre de la vodka pur ? Joren fronça les sourcils, circonspect. Finalement il tourne le dos au client pour lui servir son verre. Quand enfin il se décide de lui envoyer ça sur le zinc, le client en question commence à faire un malaise. Il tombe de la chaise et convulse de façon étrange. Il crie des choses insensées. Pris par la panique, Joren ne sait pas quoi faire.

Cette scène lui rappelait sa sœur. Elle faisait souvent des crises étant petite, mais il avait toujours été indifférent. Il se rappelait rester debout, à quelques mètres d’elle, ne réagissant pas. Elle aurait pu mourir à plusieurs reprises si la bonne n’était pas intervenue. A cette pensée, Joren se disait qu’il n’avait été qu’un pauvre idiot. Alors, aujourd’hui, il ne laisserait pas un homme mourir dans son bar. Il courut jusqu’à lui, et posa une main sur son front. Il était brulant. Son visage perlait de sueur et tous ses muscles se contractaient sous l’effort. C’était un homme robuste, qui avait du en baver. Joren ne savait pas trop quoi faire. Alors il lui souleva la tête et attrapa un tissu qu’il imbiba d’eau froide. Il posa le tissu sur le front de l’homme pour faire baisser cette étrange fièvre.

« Vous n’allez pas mourir ! Hé vous m’entendez ? Vous n’allez pas mourir ok ?! »

Il était hors de question qu’il voit la vie s’envoler dans le regard d’un homme. Il n’était pas prêt pour ça, et ne le serait peut-être jamais. Il se sentirait trop responsable. Finalement au bout de quelques secondes, qui paraissait être interminables, la crise s’arrêta. Son souffle et son rythme cardiaque semblaient revenir à la normal. Joren prit une longue inspiration et souffla doucement, pour décompresser. Il aida l’homme à se relever, péniblement, pour enfin prendre place autour d’une table. Il s’en alla rapidement chercher un verre d’eau, puis considéra l’individu d’un regard soutenu et rempli de curiosité.

« Ca va mieux ? Vous m’avez fait une de ces frayeurs … Ce genre de crise vous arrive souvent ? »

Finalement, il prit le risque de s’asseoir juste en face de lui. Son visage exprimait encore la douleur. Il paraissait ravagé par la tristesse et par un manque cruel de sommeil. Mais peut-être manquait-il tout simplement d’énergie.

« Vous devriez boire … et manger quelque chose. Vous avez l’air faible. Tenez … je vous file mon repas du soir. Vous en avez plus besoin que moi. » dit-il en tendant une assiette dans laquelle se trouvait une part de pizza. « Je m’appelle Joren au fait. J’ai jamais su votre nom, alors que vous venez plutôt régulièrement ici. En général je connais le prénom de mes clients régulier, mais vous … jamais vous n’avez dit un seul mot. »

Il le considéra de manière bienveillante afin de ne soulever aucune animosité de sa part. Après tout, il souhaitait en connaître un peu plus sur son seul client mystérieux. Il aurait été trop bête que ce dernier prenne subitement la fuite.
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Blerim D. Troshani
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Posté le Mar 9 Jan - 17:00.
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Joren & Blerim



La peur le déchire de l'intérieur. Sournoise, incontrôlable. Sans qu'il n'y puisse quoi que ce soit, Blerim se voit coincé dans un cauchemar qui n'a que trop duré. Son séjour au Ribcage. Plusieurs mois où on l'avait humilié, manipulé, torturé. Parce que oui, c'était une forme de torture, ça. On l'avait enfermé parce qu'il était né lycan. C'était aussi simple que ça. On s'en foutait s'il était une personne, s'il avait des sentiments, ou simplement s'il avait droit à un minimum de dignité. Bande de monstres. Ils ne savaient que pointer les autres du doigt, alors qu'eux-mêmes étaient encore plus cruels que ceux qu'ils surnommaient "aberrations". Où était donc passé cette humanité qu'ils disaient posséder ? Ils voulaient le torturer, le tuer. Ils voulaient danser sur son cadavre. En riant, et en clamant haut et fort que c'étaient eux les faibles humains.

Le Balkanique a perdu la notion du temps. Sursautant légèrement alors qu'une main vint toucher sa tête, son front, il se laisse pourtant faire, même si son instinct lui hurle de le frapper, cet étranger qui ose le toucher. Ce monstre. Tous des monstres. Sauf qu'il est trop faible pour se battre. Petit à petit, son cœur tourmenté se calme, reprend un rythme plus normal. Le tissu froid sur son front lui apporte une sensation de réconfort dont il avait énormément besoin également. Vous n'allez pas mourir. Ces paroles parviennent à ses oreilles, le rassurent. Quelqu'un lui est venu en aide. Ce n'est pas l'un d'entre eux. Non, cet homme ne veut pas le tuer. Blerim prend alors une profonde inspiration, avant d'expirer lentement. Un léger gémissement de douleur s'échappe d'entre ses lèvres. Il se rend compte qu'il est tombé par terre. Où est-il ? Qu'est-ce qui s'est passé réellement ? L'Albanais est confus, dépassé par les événements. Méfiant, apeuré, l'étrange relève son regard clair et voit enfin l'homme qui l'a aidé : le barman. Il est donc toujours dans ce bar. Il se souvient vaguement d'être entré ici. Bah... Heureusement qu'il l'a fait. Le dos douloureux, le jeune homme finit par se relever, avec l'aide de l'humain. Passant une main sur son front, Blerim ferme les yeux, avant de s'asseoir à nouveau à table. Il n'a plus la tête qui tourne, mais il se sent réellement fatigué. Epuisé. Un lycan à bout. Le barman reprend alors la parole, attirant l'attention du lupin. Ce dernier prend le verre d'eau qu'il lui tend, remerciant le Britannique d'un signe de la tête.

« Mieux, oui... Merci. » - répond-t-il d'une voix rauque. « Ça arrive pas souvent, non. »

Oh, ça fait un moment qu'il sait qu'il ne va pas bien. La peur le ronge, le brûle. Sauf qu'il se fait violence, il respire, et il la contrôle. En réalité, il pensait vraiment pouvoir la contrôler. Sauf que non. Il fallait que ça explose, tel un volcan. Le surplus d'angoisse, de peur, de stress, de tristesse, il fallait qu'il cela explose à un moment ou un autre, tout simplement. Buvant quelques gorgées d'eau, Blerim soupire. L'Albanais passe à nouveau une main sur son front. Il va mieux, oui. Il est de nouveau lui-même. Le barman lui propose alors de manger quelque chose aussi, il lui file même son repas du soir, une part de pizza. Peu habitué à ces démonstrations de générosité, l'homme fronce légèrement les sourcils. C'est vrai qu'il a faim, mais... Et s'il veut l'empoisonner ? Ou... si ce n'est pas le cas, eh bah, c'est son repas. Le lycan hésite pendant encore quelques secondes. Puis il attrape la part de pizza, tout en murmurant un merci presque inaudible. Sans attendre, la créature mords dans cette dernière, affamé. Peut-être que s'il avait pensé à manger, il n'aurait pas fait cette crise, en effet...

Blerim relève ses prunelles vers l'autre homme, qui se présente. Joren. Il le connaissait de vue, mais il ne savait pas comment il s'appelait. Pas bien étonnant, puisque le blondinet venait ici pour manger et non pas pour socialiser. Mais ce soir, il ne voyait pas pourquoi il devrait faire demi-tour sans lui accorder ne serait-ce qu'un seul mot. Ce Joren a été gentil vis-à-vis de lui, alors le moins qu'il puisse faire, c'est de le remercier. Et se présenter, pourquoi pas.

« Je parle pas beaucoup. Mon anglais, pas bon. »

Ce n'est pas totalement faux. Mais ce n'est pas non plus la seule raison pour laquelle il refuse de s'ouvrir. Oh, si seulement Joren savait ce qu'il cache derrière ses yeux clairs... Tellement de ténèbres, tellement de regrets. Tellement de blessures, qui ont fait de lui quelqu'un d'extrêmement méfiant. Et pourtant, le voici en train de parler avec un presque inconnu. Un presque inconnu qui l'a presque sauvé, certes, mais normalement il ne serait pas resté bavarder.

« J'aime tes sandwichs. Seule bonne chose en Angleterre pour moi. »

La seule bonne chose que j'aie trouvé en Angleterre ces derniers temps, qu'il voulait dire. Malheureusement, c'était plutôt vrai. Depuis qu'il a débarqué ici, il n'a eu que des déceptions et de la torture. La parenthèse réversienne lui avait donné un peu d'espoir, mais la Révélation a tout brisé. Il aurait pu trouver son refuge ici, dans une ville où il y en avait d'autres comme lui, mais à la place il avait juste trouvé sa prison, dans le Ribcage.

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Joren O'Donnell
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Posté le Ven 12 Jan - 14:46.
L’homme n’avait pas répondu à la question. Comment s’appelait-il ? S’il ne voulait pas se dévoiler, c’était son droit. Mais depuis la grande Révélation Joren ne savait plus sur quel pied danser. Devait-il se méfier de lui maintenant ? Ou alors laisser tomber et continuer la conversation ? Il opterait pour la deuxième solution. Depuis que tout avait basculé pour Bristol, Joren s’était enlisé dans la merde en fréquentant des Nocturnes, en faisant confiance à tout le monde. Alors pourquoi arrêter maintenant ? Le mal était fait de toute façon. Et s’il lui arrivait un truc moche, et bien tant pis … de toute façon, les habitants de la ville était en sursis. Il suffisait d’un jour pour que tout bascule. Une mauvaise rencontre pour que tout finisse d’un simple croisement de regards. Il n’osait pas imaginer de quelle manière finissaient les victimes d’agression de certaines Aberrations. Il avait vu un Vampire dont les membres avaient été arrachés. Cette image était maintenant gravée au fer rouge dans sa mémoire.

Pourquoi Bristol ? Pourquoi pas une autre ville ? Il se sentait pris au piège. Dire qu’à l’annonce de cette terrible nouvelle, il avait prit tout ça sur le ton de la rigolade. Comme une bonne blague ou l’aventure de l’un de ses jeux vidéo. Mais plus il entrait dans le monde des Nocturnes et des gens aux pouvoirs paranormaux, plus il avait peur. Il avait peur de ne pas tout saisir, de ne pas être à la hauteur. D’être insignifiant et de disparaître pour de bon, sans que personne ne s’inquiète pour lui.

« Je suis bien content que mes sandwichs vous plaise. Mais il existe plein de bonnes choses à Bristol. Vous n’êtes pas d’ici … votre accent … laissez moi deviner. Humm, je dirais des pays de l’Europe de l’Est ! Mais quel pays, ça … je n’en sais rien ! »

Il finit par se lever et retourna derrière son bar. Non pas que la compagnie de l’homme de l’est l’ennuyait, loin de là, mais il avait quand même du boulot à faire. Il se pencha pour ramasser quelques verres, les étala sur le comptoir et commença à les frotter vigoureusement.

« Vous êtes là depuis longtemps ? Enfin, j’veux dire … vous habitez à Bristol ou vous êtes en simple visite ? J’ai entendu dire que des touristes venaient exprès pour rencontrer des Aberrations et Altérations. Je trouve ça insensé … nous, Bristoliens, on est bloqué ici, alors qu’on voudrait partir. Et des gens venu de je ne sais où, viennent exprès ici pour traquer et observer des personnes « anormales », comme s’il s’agissait de bêtes de foires. On vit dans un monde de dingue, franchement. »

Cet homme était étrange. Il paraissait craintif, renfermé sur lui même et son air grincheux ne l’embellissait pas. Mais pourtant, il avait quelque chose d’attachant. En tout cas, Joren espérait avoir assez détendu l’atmosphère avec son monologue pour le décoincer un petit peu. Après tout, c’est lui qui devrait avoir peur … il venait d’assister à une crise étrange.
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Posté le Mer 17 Jan - 22:36.
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Joren & Blerim




Blerim passe une main sur ses yeux fatigués. La panique s'est dissipée, et il ne reste que cette sensation d'épuisement. Fallait-il vraiment en arriver à ce point-là ? Probablement, oui. On parle bien de Blerim Troshani, ou de Dushkan Ujkani, de son vrai nom. Mais, quelle que soit l'identité de l'Albanais, le fait est qu'il garde tout pour lui, hormis lorsqu'il peut déclencher une bonne bagarre. Or, ça n'a pas vraiment été le cas depuis de longs mois. Et, inévitablement, le surplus d'angoisse, de stress et de peur a fini par déborder. Heureusement, Joren était là et lui est venu en aide. Désormais, l'étranger se sent mieux, soulagé. Fatigué, mais mieux quand même.  

Les deux hommes lancent finalement la conversation. Ce n'était pas dans les plans du lycan rester parler avec le barman, mais la situation a changé. Le Britannique l'a aidé, lui a filé quelque chose à manger... Alors c'est la moindre des choses. Ainsi, la créature se fait violence pour ignorer la méfiance qui le domine presque tout le temps. Peut-être qu'il y a encore quelques rares personnes qui ne lui veulent pas forcément du mal, finalement. Néanmoins, le Balkanique hésite encore à lui dévoiler son prénom, même s'il s'agit là d'une fausse identité. Difficile d'oublier ces habitudes si profondément ancrées en lui. Les sourcils du blondinet se froncent légèrement alors que l'Anglais lui demande d'où il vient. Cependant, un petit sourire finit par se frayer un chemin jusqu'aux lèvres de l'ancien trafiquant.

« Albanie. »

Dit-il, avec un maigre sourire en coin. Son pays lui manque, mine de rien. Pas Tirana, la capitale, où il a habité pendant de longues années, histoire de participer à la gestion de l'empire criminel de son oncle ; non, c'est Valbona, le village où il est né, qui lui manque. A Valbona, il a été heureux. La forêt, les montagnes enneigées, le fleuve à l'eau cristalline. La paix, la liberté. Des concepts qui sont devenus étrangers pour lui depuis que son oncle l'a pris sous son aile, voulant faire de lui son bras droit. Le transformer en un monstre comme lui. Le pire, c'est qu'il a réussi, quelque part. Blerim aimerait croire le contraire, mais il sait, il sait qu'il est allé trop loin, qui a tué et blessé beaucoup trop de monde. Y compris Drita. Son cœur se serre, rien qu'à cette pensée. Il soupire.

Derrière son bar, Joren lui demande alors depuis quand il est là, curieux de savoir si l'Albanais habite à Bristol ou s'il est là en mode touriste. Puis il poursuit sur sa lancée, expliquant au lupin qu'il y a des touristes qui viennent exprès pour rencontrer des Aberrations et Altérions. Des surnoms que Blerim déteste viscéralement, au passage. L'étranger finit de manger sa part de pizza, pendant que Joren finit son discours, parlant décidément trop vite pour que son cerveau fatigué puisse réellement capter tous les mots. Cela dit, il a compris l'essentiel. Le Balkanique se racle la gorge, puis il reprend la parole à son tour.

« Je comprends les gens. Les... légendes existent. Sont vraies. Alors il faut... voir pour croire. »

Rien de plus humain que ça, en fin de comptes.

« Moi, j'aime pas ces mots. Aberrations. Le gouvernement est aberration. »

Dit-il d'un air pensif, avant de boire une nouvelle gorgée d'eau. Il relève ensuite ses prunelles claires vers Joren.

« J'suis Blerim. Et j'suis aberration. » Il regarde Joren dans les yeux, le toisant pendant quelques secondes. « Tu n'as pas peur ? T'es humain. »

D'autres à sa place ne l'auraient jamais aidé, et encore moins laissé entrer ici. Mais cet humain, lui, ne semble pas raciste. Et là, il doit avouer que ça change des regards lourds de haine et de reproches qu'il s'est habitué à recevoir depuis la Révélation.


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Dernière édition par Blerim D. Troshani le Lun 2 Avr - 16:55, édité 1 fois
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Posté le Lun 19 Fév - 21:33.
C’était marrant dans un sens. Cet Albanais parlait comme un robot. Il maitrisait un anglais plutôt approximatif, mais au moins, Joren le comprenait. Il ne pouvait s’empêcher de sourire, alors que la situation ne s’y prêtait pas. Cet homme venait de piquer une crise sévère juste devant lui. Mais pourtant, le barman ne pouvait s’empêcher de sourire. C’était plus fort que lui. Non pas que Blerim le faisait rire, loin de là, mais parce qu’il trouvait la situation plutôt cocasse. Un homme qu’il croisait souvent, qui venait acheter ses sandwichs et qui repartait aussi sec, venait finalement de se dévoiler. Après tous ces passages sans le moindre son, sans le moindre regard, sans le moindre échange … D’ordinaire, Joren n’aimait pas spécialement ce genre de clientèle. Non, lui il aimait échanger. Parler de tout et de n’importe quoi. Le bonheur se trouvait au travers des autres et non dans le renfermement de soi. Comment pouvait-on se croire heureux en étant seul ?

L’humain était fait pour vivre en communauté. Pourquoi se serait-il embêté toutes ces années, à communiquer au travers des arts, de l’écriture, de la sculpture, de la parole, des téléphones, de la télévision ? S’enfermer sur soi, s’est s’échapper, fuir le monde réel. Ce n’était pas la solution. Cet homme, cet étrange homme, ne semblait pas être enclin à s’ouvrir plus que nécessaire. Il gardait ses distances et bien rapidement, Joren comprit pourquoi. Il venait de dévoiler sa réelle identité. Un nocturne. Encore un ? Décidément … Le jeune barman avait la vague impression de ne rencontrer que ça ces derniers temps. Soit tout Bristol sombrait doucement dans une transformation dont Joren n’était pas au courant, soit le Ribcage venait de se vider sans qu’il ne s’en rende compte.

Il haussa les épaules, bêtement, puis laissa échapper un petit soupire.

« Bof nan, je n’ai pas peur des aberrations. »

Pourquoi aurait-il peur ? Il avait Chris dans son camp, puis Aidan. Un lycan et un vampire. Que demande le peuple ? Et puis y’avait son amie geek qui était elle aussi un lycan. Bon, elle ne donnait plus signe de vie depuis un moment, et Joren doutait qu’il lui soit arrivé quelque chose. Il craignait plus pour la vie de Blerim que pour la sienne.

« Ce n’est pas vraiment moi qui suis en danger ici. Blerim, les aberrations ne sont pas bien vues. Oui tu pourrais me tuer d’un coup de griffes, mais je sais que tu ne le feras pas. Et tu sais pourquoi ? Parce que tu l’aurais déjà fait. Et puis … je n’suis pas un mauvais bougre. »

Joren se leva, puis passa derrière le bar. Il sortit une bouteille de Vodka d’un des placards et la tendit à l’Albanais.

« Un petit remontant pour surmonter cette épreuve difficile ? Je te jure que je n’essaie pas de te soudoyer ou quoi … c’est juste que … j’ai encore jamais parlé à un Albanais et encore moins un Albanais Nocturne. Alors ça s’arrose, tu n’crois pas ? Ouais ouais … je te tutoies … Blerim, Joren, on s’connaît maintenant. »

Il riait de bon cœur, puis attrapa des verres qu’il fit glisser sur le zinc jusqu’au niveau de Blerim.

« Alors t’es une aberration ? T’es quoi exactement ? Lycan ? Vampire ? »

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Joren & Blerim




Il est bavard ce type. Bavard et curieux. Blerim le regarde, tout en répondant à ses questions, sur ses origines notamment. Même s'il n'aime pas trop se dévoiler, le lycan sent que cet anglais ne lui veut pas de mal. Au contraire, il lui est venu en aide, plutôt que de le foutre dehors pour qu'il crève en convulsant sous la neige qui tombait sans arrêt sur la ville. Certains l'auraient volontiers fait, l'Albanais le sait pertinemment. Mais ce Joren semble plus ouvert et plus sympa. Alors pourquoi pas. Ce n'est pas comme si le blondinet avait beaucoup d'amis depuis son arrivée en Angleterre. Il avait fait quelques progrès pendant ces mois passés à Réversa, mais depuis la Révélation... tout a changé. Son emprisonnement au Ribcage, les expériences subies aux mains des scientifiques, la dépression qui a suivi l'annonce de la mort de Drita... Tout ça l'a encore plus brisé.

Mais désormais, il est en liberté. Provisoirement, peut-être, mais il faut qu'il en profite. Qu'il fasse un effort pour avoir une vie à peu près normale tant qu'il le peut. C'est dur de ne pas penser au passé, à tout ce qu'il a subi, à tout ce qu'il a perdu... Mais n'est-il pas mieux ici qu'enfermé au Ribcage ? Peut-être qu'en se trouvant quelques amis en ville, les choses pourraient aller mieux pour lui à l'avenir ? Ces histoires d'intégration, de cohabitation dont on parlait à Réversa et qui semblent avoir été totalement oubliées ou royalement ignorées par la Couronne depuis la Révélation. C'est tellement plus facile d'enfermer tout le monde et de les exterminer progressivement. Le Ribcage, c'est le nouvel Auschwitz, mais personne n'ose dire quoi que ce soit.

Balayant ces pensées de son esprit, Blerim relève son regard clair vers Joren, qui arbore toujours ce sourire aussi attachant qu'énervant. L'ancien trafiquant espère sérieusement qu'il n'est pas en train de se foutre de sa gueule. Parce qu'il n'est pas vraiment du genre à laisser qui que ce soit se foutre de sa gueule gratuitement. Les sourcils légèrement froncés, l'Albanais porte à nouveau son attention sur l'autre homme, avant de lui rappeler qu'il est une aberration et de lui demander s'il n'a pas peur. Parce que l'humain ne semble pas avoir peur de lui... et ça l'intrigue quand même. Surtout qu'ici à Bristol, les gens semblent beaucoup plus méfiants face au surnaturel qui a envahi leur ville. Mais pas Joren ; lui semble être plus curieux que méfiant. Ce qui lui fait gagner des points auprès du loup des Balkans, il faut dire.

La créature observe le Britannique, qui souligne que ce sont plutôt les Aberrations qui sont mal vues et donc, en danger. Lui, il ne se sent pas menacé par le lycan, parce qu'il "sait qu'il ne le fera pas". Blerim hausse un sourcil, un léger sourire au coin des lèvres. Parce qu'il l'aurait déjà fait ? Mais comment il peut en être aussi sûr ? Bon, au moins ils sont d'accord sur un point : Joren n'est pas un mauvais bougre. Par contre, il peut-être un peu trop naïf pour son propre bien. Oui, certes, Blerim ne compte pas s'en prendre à lui, mais d'autres pourraient très bien profiter de sa gentillesse pour le prendre au dépourvu et lui faire du mal.

« Okay. »

Il ne voit pas trop quoi lui répondre d'autre, surtout que son vocabulaire est encore plutôt réduit. Il aurait dû prendre des cours d'anglais quand il était encore à Réversa, mais jamais le lycan n'a osé franchir le pas. S'il avait su qu'il allait devoir rester aussi longtemps, il l'aurait peut-être fait, tiens... Joren se lève alors, passant derrière le bar pour sortir ensuite une bouteille de Vodka. Le jeune homme l'attrape lorsque Joren la lui tend, puis il laisse son regard se poser sur la bouteille. Un sourire amusé prend place sur les lèvres de Blerim.

« Oui ! Ça, c'est bien ! »

Si quelqu'un doutait encore qu'il allait mieux, hein... Plus détendu, le lupin observe la bouteille, avant de déposer sur la table. Il a eu une bonne idée, effectivement ! Il en a bien besoin, Blerim, d'un petit remontant. En revanche, il ne sait pas ce que soudoyer veut dire... Peut-être qu'il a simplement voulu dire qu'il n'essaie pas de lui faire prendre une cuite... Ouais, c'est sûrement ça. Et pour ce qui est de se tutoyer, l'Albanais n'a rien contre. De toute façon, c'est plus facile à conjuguer pour lui. Tranquillement, le blondinet laisse l'humain verser la boisson alcoolisée dans les verres. Ce geste lui rappelle des souvenirs lointains, quand il était encore à Valbona et que ses parents étaient en vie. Il se rappelle quand ils goûtaient ensemble, son père, son grand frère et lui, au raki qu'ils produisaient chez eux. C'était un alcool fort, très fort, mais jamais Blerim ne l'a avoué, en bon jeune loup courageux qu'il était.

Joren finit par le tirer de ces souvenirs lointains, qui lui réchauffaient le cœur. Blerim pose son regard cristallin sur l'humain, avant de répondre à sa question.

« Lycan. Je suis né comme ça. Mon... grand-père est lycan. Mon père et mon frère non. En Albanie, je crois que c'est juste ma famille et qu'il y a pas de femmes lycan. Mais j'arrive ici... C'est fou. »

C'est le moins que l'on puisse dire, oui. Il avait toujours cru qu'il n'y avait que sa famille qui avait été touchée par Dieu, héritant de ce don. Des femmes lycanes, il n'en avait jamais vu, et selon ce qu'on lui avait toujours raconté, il n'y en avait pas, c'était impossible. Et lui... Eh bien, le jeune homme y avait cru. Sans se douter que sa famille descendait d'un groupe de lycans qui avait quitté l'Angleterre au XIXème siècle pour venir se cacher dans les montagnes du nord de l'Albanie. Maintenant, il a compris que, forcément, ses ancêtres ont vécu à Réversa à un moment donné. Que tout ça, c'est la conséquence d'expériences de manipulation génétique qui ont eu lieu il y a bien longtemps. Mais pour lui, le loup est juste une partie de lui. Il ne saurait vivre autrement. Le blond attrape alors le verre, qu'il lève légèrement. Il veut porter un toast, mais il ne sait pas vraiment quoi dire.

« Euh... Merci ! »

Ça devrait le faire, non ?

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Bah ouais c’était fou. C’était même un truc de dingue. Quelques mois plus tôt, Joren n’aurait jamais pensé se faire envahir par des vampires et des lycans. C’était dans les romans, les jeux vidéo, les films … pas dans le monde réel ! On avait déjà assez d’emmerde pour se coltiner ça sur le dos. Enfin soit, apparemment Blerim qui venait d’Albanie était un lycan de père en fils. Peut-être que finalement, y’en avait un peu partout dans le monde, mais qu’on avait concentrer la population à Réversa. Bristol était simplement mal positionné. C’est tout. Le gouvernement avait fait son boulot jusqu’à présent en enfermant cette ville du monde extérieur, mais on ne peut garder prisonnier, éternellement, toute une population. Surtout une population de monstres. Au bout d’un moment, il ne faut pas s’étonner que ça explose. Joren hocha la tête, puis prit une gorgée de vodka pure d’une traite. Agr … ça arracher la tronche ce truc ! Après avoir soutiré un rictus pas très glamour, le jeune homme repositionna toute son attention sur Blerim.

« Ouais, y’a un paquet de gens comme toi ici. Mais ça craint. Ca craint pour vous quand même. Les gens comme moi ne sont pas supers contents du bordel qui s’est imposé en ville. On voudrait vivre comme avant, notre train quotidien nous manque tu vois ? Les emmerdes de tous les jours … maintenant, tu flippes dès que tu dois sortir dans la rue. J’me suis déjà fait attaquer à deux reprises par un lycan. Punaise, heureusement que j’ai pas un mauvais fond que je ne suis pas l’genre de mec à faire des amalgames. »

Il lâcha un soupire puis s’étira de tout son long. La vodka lui montait vite à la tête. Pourquoi n’avait-il pas opté pour une pinte de bière ? Au moins ça il maitrisait bien et il en servait d’excellentes.

« Je sais pas si t’es au courant, mais en ville y’a des types qui traquent les mecs comme toi. Je crois que ce sont des gens du CODECS, mais j’suis pas au courant de grand chose moi. J’peux juste te dire que jamais j’te balancerai. J’ai des potes lycans et vampires, alors ça serait vraiment pas cool de ma part. Si t’as besoin d’une couverture, j’suis ton homme ! »

Joren lui adressa un sourire en coin, puis jeta un coup d’œil vers la vitrine du restaurant. Dehors tout était calme. Bien trop calme. Il n’aimait pas ce genre de silence, car ça évoquait toujours des évènements pas cool pour la suite. Joren ne craignait pas spécialement pour sa vie, mais plus pour celles des Nocturnes. Mais si la tendance s’inversait ? Si les Nocturnes, par un ras le bol croissant d’être persécutés, décidaient de mettre à feu et à sang Bristol ? Bon sang, Joren espérait que cela ne se produise pas.

« Sinon … si jamais ça tourne au vinaigre en ville, j’veux bien que tu sois mon garde du corps ha ha ! Jt’ai sauvé la vie, c’est donnant donnant non ? »

Bien sûr, il plaisantait. Ou pas … en tout cas l’idée d’avoir un gars comme Blerim sur qui comptait pouvait rassurer le barman. En échange, il pourrait aider l’Albanais contre n’importe quel service. Si Joren pouvait s’opposer aux décisions absurdes du gouvernement et de l’autorité, il le ferait.

« Je blague, t’inquiète ! Mais un peu d’aide n’est jamais de refus … On peut s’entraider. Dans un bordel comme Bristol, faut bien se serrer les coudes. Et un Nocturne avec un Humain, ça ne peut que faire un bon combo. Deal ? »

Joren lui tendit une main agrémentée d’un sourire qui entaillait sa gueule d’ange dans toute sa largeur.
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Posté le Sam 10 Mar - 13:28.
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Joren & Blerim



Blerim se retient d'étirer une grimace alors que l'alcool coule le long de son œsophage. Bon sang, que ça fait du bien. Surtout pour accompagner une telle conversation. Le lycan se sent encore dépassé, même si cela fait plus d'un an qu'il est arrivé en Angleterre. Toutes ces races, toutes ces différences... Cela ne l'étonne pas que les humains se sentent en danger, effrayés par le Surnaturel qui a si soudainement envahi leurs vies. Parce que, dans le fond, le blond ressent la même chose, ou l'a ressenti à un moment donné. Bon, dans son cas particulier, cela a d'autant plus été difficile à comprendre, puisqu'il croyait qu'il n'y avait que sa famille qui pouvait se transformer en loup. Et encore, cela n'arrivait pas tout le temps, il n'y avait que son grand-père, son oncle et donc lui. Et il n'y avait pas de femmes lycanes à sa connaissance. Puis... Il débarque ici et découvre tellement de choses, sur les autres, et sur lui-même.  

Mais il ne peut qu'acquiescer face aux mots de Joren. Il y a pas mal de lycans ici, mais leur situation n'est pas bonne du tout. Traqués et torturés par le Ribcage, ou bien cachés dans un coin, vivant dans la peur... Ce n'est pas une vie, ça. Maintenant, les prisonniers du Ribcage sont en liberté, mais pour combien de temps ? L'incertitude l'effraie, et la crise de panique de ce soir ne vient que le prouver, même si l'Albanais n'est pas du genre à avouer ses faiblesses à voix haute. En tout cas, la situation actuelle est mauvaise pour tout le monde. Tout le monde a peur, tout le monde ignore ce qui va se passer. Les humains voudraient récupérer leur quotidien banal, sans créatures ni humains à don, mais c'était impossible désormais. Il allait falloir s'y faire, apprendre à cohabiter avec le surnaturel. A moins que la Couronne ne décide de tous les exterminer. On critiquait les Anges, qu'il n'a jamais réellement connus cependant, mais Blerim n'est pas sûr que les humains vaillent beaucoup mieux. Pensif, le Balkanique ne pipe mot, se contentant de hocher la tête, lentement. Et oui, heureusement que Joren ne fait pas d'amalgames. Même si l'étranger n'a aucune idée de ce que cela pourrait bien signifier, les amalgames.

Redirigeant son regard vers l'autre homme, l'ancien trafiquant fronce légèrement les sourcils lorsque l'Anglais évoque le CODECS, avant de lui assurer qu'il ne balancera pas, qu'il a des potes lycans et vampires. Et que s'il a besoin de couverture, le lupin peut compter sur lui. Blerim ne sait pas trop quoi répondre. Quelque part, ce sont des mots qui lui font du bien, un ami en perspective. Mais cette petite voix dans sa tête, qui se méfie de tout le monde, n'est pas très convaincue de ses bonnes intentions. Et si ce type bosse pour eux ? Qu'il attire les créatures dans ses filets en leur proposant son aide ? Le piège parfait, quoi. Vidant son verre d'une traite, le jeune homme regarde ensuite le Britannique.  

« Pour les Aberrations, c'est le CAA. CODECS, c'est pour les Altérations, je crois. Mais moi, CAA et CODECS... je déteste les deux. »

Pour ce qu'ils représentent. Pour ce qu'ils font. Réduire des êtres humains au simple rang d'aberrations, alors que ce sont eux la véritable aberration. Lui, il sait qu'il n'est pas un enfant de chœur, qu'il a commis énormément de crimes, qu'il a blessé beaucoup de monde. Blerim n'oserait jamais dire qu'il est quelqu'un de bien, parce qu'il ne l'est pas, ou plus maintenant. Mais eux, ces enfoirés qui se permettaient d'enfermer des êtres humains, de les torturer, de leur faire subir des expériences aux mains des scientifiques... Ils ne valent pas mieux que lui. Un soupir s'échappe d'entre les lèvres du blondinet.

« Mais merci. Pour ton aide. T'es gentil. »

Chose assez rare dans sa vie pour être signalée. Le lycan lui adresse un petit sourire à son tour, reconnaissant. Avant de le regarder d'un air curieux lorsque Joren lui dit qu'il veut bien qu'il soit son garde du corps. Il a l'air de rigoler, mais Blerim n'est pas tout à fait sûr que ce ne soit qu'une blague. Jusqu'à ce qu'il confirme que, effectivement, il ne faisait que blaguer. Petit con, va. Blerim étire un sourire en coin, avant de serrer fermement la main tendue.

« Si t'es mon ami, je t'aide. »

Dit-il sincèrement, avant de poursuivre, son sourire amical laissant soudainement place à un air plus menaçant.

« Si t'es pas mon ami... je te bouffe. »

La créature garde son air sérieux pendant quelques secondes, avant d'éclater de rire.

« Je blague, Anglais ! »

La vérité, c'est qu'il ne compte bouffer qui que ce soit. Blerim veut juste qu'on lui foute la paix, et pouvoir laisser son loup se dégourdir les pattes. En ce moment, il a les deux, donc il n'a pas vraiment à se plaindre. Du moment qu'on ne vient pas lui chercher des noises, il se contentera de rester discret.

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Posté le Sam 17 Mar - 10:15.
Humm … comment réagir à ça ? Joren resta bouche bée pendant quelques secondes. Okeeeey … l’humour des Albanais était vraiment étrange. Très étrange. Surtout venant d’un Lycan qui pouvait lui sauter dessus à tout moment. Joren enchaina dans un rire nerveux, sans vraiment croire un seul instant qu’il ne risquait plus sa vie. Mais bon, l’Albanais semblait plus détendu qu’avant. Alors oui, il s’agissait bien d’une blague. Bon, vite, un coup de shooter pour oublier tout ça. L’alcool lui brûla la gorge et un rictus désagréable s’imprégna aussitôt sur le visage du barman. Il avait beau tenir un bar, Joren n’était pas le genre de type qui se permettait de bousiller son foie avec tous les alcools qu’il avait en sa possession. La bière était son péché mignon, et ça s’arrêtait là. La vodka avait toujours du mal à passer. Mais bon, il n’allait pas laisser le pauvre Albanais boire dans sa solitude. Non, ce n’était pas le genre de la maison.

« Ah les Albanais … de véritables comiques ! » lança-t-il tout en désignant Blerim du doigt.

Bordel ça lui avait foutu une trouille bleue. Mais Blerim ne savait probablement pas que Joren s’était fait attaquer à plusieurs reprises par des lycans enragés. Heureusement, à chaque fois, il fut sauvé par des amis. La première fois au port, Chris était venu lui prêter main forte. Il était devenu un ami précieux sur qui il portait entièrement confiance. Malgré son côté animal très prononcé, Chris avait le don de lui montrer un autre aspect du surnaturel. Il avait su toucher Joren avec de simples mots. Puis la seconde attaque, Ivy s’était montrée particulièrement efficace. Il n’avait jamais compris d’où elle avait réussi à mettre KO une vampire et un lycan en si peu de temps. Une véritable ninja. Mais malheureusement, Ivy n’était plus de ce monde. Du moins, elle avait plié bagage sans demander son reste. Joren en était triste et particulièrement affecté. Mais qu’importe, il avait d’autres chats à fouetter maintenant. Comme veiller sur Aidan par exemple.

« Nan mais je comprends. J’pense pas que la vie pour un Nocturne soit facile à Bristol. Mais y’a toujours moyen d’se planquer non ? Perso, j’pense que ça craint plus pour les humains. Tu vois, nous on a pas trop les moyens d’se défendre. Enfin … j’vais pas commencer à m’acheter un gun pour buter le premier Nocturne qui me saute dessus. J’ai jamais été pour le port d’armes. »

Il haussa les épaules, puis attrapa la bouteille de vodka. Dans un geste presque machinal, les deux verres de shooter furent remplis à ras bord. Santé l’ami. D’un coup sec, Joren se brula une troisième fois le gosier. Bon sang … cet alcool passait presque tout seul. Une pure merveille. Le bar commençait à tanguer doucement.

« Mais j’vais pas commencer à débattre là dessus, sinon on a pas fini. Franchement, j’m’inquièterai pas trop pour toi. T’es Albanais … ces couillons ne savent pas qu’il existe des lycans ou des vampires en dehors de l’Angleterre. T’as qu’à jouer au touriste qui capte rien ! Mais oui mec, c’est ça qu’tu dois faire ! On laisse toujours les imbéciles tranquilles. Et qui soupçonnerait un touriste à part le dernier des connards ? »

Bon ça, y’en avait sûrement un paquet dans le lot des CODECS et de la CAA. Mais Joren n’y connaissait pas grand chose. Et honnêtement, à l’heure actuelle, il s’en foutait un peu beaucoup. Il reprit un verre … à croire qu’il avait envie d’oublier, pour une fois, toute cette histoire de Nocturnes, d’Altération ou d’Aberration. Pour une fois, il avait juste envie de se torcher la gueule en bonne compagnie, même si l’Albanais était limité par ses propos. Mais l’essentiel, c’était de se comprendre n’est-ce pas ?

« Allez, comme on dit par chez nous, cheers ! »

Tintement de verres et hop, c’est reparti pour un coup. Joren sentait ses jambes se dérober doucement et sa tête tourner. Mais un sourire béat se dessinait sur son visage décomposé. Montrant clairement que l’alcool lui montait à la tête.

« T’sais quoi ? J’pense que j’aurai même pas peur là, si tu v’nais à m’bouffer … mais bon, j’dois vraiment avoir un sale goût. S’marrant … j’pensais pas qu’on pouvait d’venir Lycan de père en fils. J’pensais qu’il fallait être mordu par un alpha ou un truc du genre. J’sais plus où j’ai lu c’t’histoire moué … »
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Pendant un instant, l’Anglais a cru que le lycan était vraiment sérieux. Blerim rigole, tout en lui assurant que ce n’était qu’une blague. Quoique... C’était aussi une façon plus ou moins indirecte de lui rappeler qu’il n’a quand même pas intérêt à se faire passer pour un ami s’il n’en est pas un. Le blondinet a déjà largement eu sa dose de trahisons et de coups bas, alors il préfère carrément qu’on l’ignore plutôt qu’on lui mente et ne lui fasse croire à une générosité qui ne serait finalement que fumée. Mais ce Joren... L’étranger a l’impression que c’est un type bien. Il lui est venu en aide et tout ce qu’il lui demandé en retour, c’est qu’il lui serve de garde du corps au cas où il en aurait besoin. Le lupin ne sait pas si l’autre homme le pensait réellement ou s’il blaguait lui aussi quand il a dit ça... mais pourquoi pas. S’il a des soucis, l’ancien trafiquant pourrait bien lui donner un coup de main. Ou pas. Tout dépendra de son envie, et de sa disponibilité, bien entendu. Après tout, il ne faut pas oublier que sa liberté n’est que temporaire. La créature étire un sourire amusé face à la réaction du brun, qui souligne l’humour tout de même douteux du Balkanique. Puis il reprend, parlant alors de la vie difficile des Aberrations à Bristol, avant de faire une réflexion sur celle des humains, pas moins difficile. Au moins il ne semble être aussi hostile vis-à-vis des créatures que certains de ses congénères.

« Tu fais bien. Les armes, c’est mauvais. »

Et il n’en dit pas plus, préférant ne pas raconter les moyens qu’ont les Lycans pour se cacher. Même si leurs sens surdéveloppés ne sont pas vraiment un secret. Enfin, du moins, c’était le cas à Réversa... Peut-être que les Bristoliens, eux, l’ignorent encore, allez savoir. L’Albanais pose sur regard sur Joren, alors que ce dernier saisit la bouteille pour remplir à nouveau les deux petits verres. Blerim lève le sien avant de le boire cul sec et de pousser une nouvelle grimace. Cette vodka était forte, très forte... Décidément de la bonne. La créature relève ses prunelles vers l’autre homme, tandis qu’il lui conseille de jouer au touriste perdu. Un sourire amusé s’étire sur les lèvres de l’étranger. C’est une stratégie qu’il a déjà utilisée, effectivement, souvent très utile pour l’aider à passer plus ou moins inaperçu.

« Ouais... »

Répond-t-il, visiblement amusé. Puis ils repartent pour un nouveau verre. Le sourire du loup s’agrandit. Il est amusé non seulement par les paroles du brun, mais aussi par son alcoolémie qui monte en flèche.  Faut pas oublier que Blerim tient mieux l’alcool que le Britannique. Mieux que lui et... pratiquement tous les humains, il faut dire. Les verres tintent encore une fois, la vodka lui brûle à nouveau l’œsophage, mais cette fois-ci, il ne grimace pas. L’ancien trafiquant observe l’humain. C’est vrai qu’il n’est pas très prudent, Joren. Si le lycan voulait le dévorer, ce serait tellement facile que cela en deviendrait même ridicule. Un sourire carnassier aux lèvres, le Balkanique ne dit rien, avant de finalement reprendre la parole quelques secondes plus tard pour répondre à sa question sur la transmission des gènes lycans de père en fils.

« Oui, on peut. Des deux façons. Mais je ne transforme personne, moi. »

On lui a toujours dit de faire attention, de rester à l’écart des humains quand il était sous forme de loup. Après... Peut-être qu’il a commis des erreurs quand il habitait à Tirana avec son oncle, puisque ce dernier était justement cruel et sadique... Mais Blerim ne s’en souvient pas, donc il part du principe qu’il n’a jamais transformé qui que ce soit.

« Avant de venir à Réversa, il y a beaucoup de choses que je ne sais pas, sur les lycans, sur... tout. Avant, je pense que c’est juste ma famille. Maintenant… Je vois que non. Ma famille, avant, vient de Réversa, c’est pour ça que je suis loup. Mais... La vérité est que je suis seul, et que je peux mourir au Ribcage, tout le monde s’en fout. »

Un soupir s’échappe de la bouche de l’étranger, qui se fait violence pour ne pas retomber dans ses pensées défaitistes et dépressives.

« Mais toi, t’es type bien, Joren. Alors je te donne mon numéro. »

Dit-il tout en gribouillant ce dernier sur un bout de papier qui traînait. Son regard croise celui de l’Anglais, plus sérieux.

« Je sais où te trouver. »

Une courte phrase, assez simple et pourtant si pleine de sous-entendus. Dénonce-moi à la CAA et je viendrai te demander des comptes. Deviens une menace et tu le paieras. Ou bien... J’ai pas besoin de ton numéro si j’ai besoin de ton aide. A vrai dire, pour quelqu’un qui a du mal à maîtriser la langue de Shakespeare, il a réussi à dire d’un seul coup tout ce qu’il voulait lui dire. Après, le but n’était pas forcément de lui faire peur, juste de le prévenir. S’il devenait réellement un ami fiable, Blerim lui serait également redevable et l’aiderait éventuellement. L’Albanais tapote alors amicalement l’épaule du brun, avant de se lever.

« Je vais chez moi. Et toi, fais pareil, vodka trop forte pour toi. »

Dit-il avec un sourire en coin. Le lupin se sent clairement mieux, content d’avoir rencontré ce type. Joren est probablement la première rencontre sympa qu’il a fait à Bristol depuis sa sortie du Ribcage. Alors autant qu’il reste en vie, hein.

« Merci pour le verre. »

Un léger signe de la main plus tard, le lycan franchit la porte, referme sa veste et disparaît sous la neige.

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